Faut-il dire ‘digital‘ ou ‘numérique‘ ? Doit-on se faire à la formule anglo-américaine, ou au contraire défendre l’expression franchouillarde “numérique“, dès qu’on parle d’internet, des nouvelles technologies ?

En tant qu’amoureux de la langue française, ça m’a toujours gonflé d’entendre répéter digital, comme par effet de mode.

Digital, en français, c’est pour les doigts. Comme les empreintes digitales. Et ça nous vient de loin : du latin ‘digitus’, le doigt. Tandis que le mot anglais ‘digit’ se rapporterait à l’affichage électronique à 7 segments arrivé dans les années 80 pour dessiner des chiffres, comme l’heure sur un radio-réveil.

Devoir de conformité à l’usage ou résistance culturelle ?

Bref, numérique ou digital…

D’abord, il faut bien reconnaître que ce qui définit nos usages, nos habitudes nous vient souvent des Etats-Unis (pensez aux implantations des GAFAM : Google – Amazon – Facebook – Microsoft… la Silicon Valley ou Seattle ne sont pas au Pérou ni en Ouganda). L’anglais est devenu la langue technique et commerciale incontournable pour s’informer, se former ou s’équiper dès qu’on touche à internet.

Quant à chercher à transposer chaque terme, c’est un combat perdu d’avance même si, parfois, l’équivalent français peut être intéressant.

Mettons de côté les tentatives, par exemple ‘clavardage‘ pour parler de ‘tchat‘ (j’ajoute un ‘t” pour ne pas confondre avec le félidé),  Déjà, si on pouvait tous comprendre les concepts de base qui nous parlent d’internet, de ‘Big data‘, d‘intelligence artificielle et de ‘deep learning‘, on aurait bien avancé.

Si chacun choisit sa chapelle, digital ou numérique, comment faire pour réconcilier tout le monde ? Faisons en sorte que tout le monde ait raison.

Le numérique est aussi digital 😉

Le monde digital existe bien. Je me suis soigné, j’arrive à entendre parler de ‘stratégie digitale‘ ou ‘stratégie du digital‘ sans m’énerver.

La raison : le mobile. Le ‘smartphone‘ nous a habitué à piloter nos actions au doigt et à l’oeil.

Regardez autour de vous : le geste le plus fréquent de l’homo connecticus n’est plus le clic de souris.

C’est le glissement du doigt sur l’écran du téléphone, bientôt sur le tableau de bord tactile de la voiture, etc.

Et à la rigueur, la souris se pilote bien au doigt, non ? Quand bien même on aura basculé intégralement vers la reconnaissance vocale, on interagira de toute façon avec beaucoup d’objets grâce à la main. Même symboliquement : ce qui a fait le succès de Facebook, c’est bien le fameux pouce du “J’aime” (ou du like, j’accepte les deux).

Bref.

Plutôt que de râler contre l’emploi de ‘digital‘ en passant pour le grincheux pénible, j’ai “augmenté” ma définition de l’adjectif en pensant au monde dans lequel on vit. Et je l’explique autour de moi.

Depuis, ça va mieux. Même si je dis encore, le plus souvent, numérique.


Didier Castelnau
Didier Castelnau

Didier Castelnau est fondateur du site Social Selling Club.